De la finance à l'industrie locale : le pari d'Adeline Pelage

Publié le Vendredi 30 octobre 2026•Par Girex A. Tobi ZOMAHOUN - Pôle Partenariats & Réseaux•3 min de lecture
De la finance à l'industrie locale : le pari d'Adeline Pelage

Du monde exigeant de la banque d'affaires à l'entrepreneuriat agroalimentaire, son parcours illustre une même conviction : la création de valeur prend tout son sens lorsqu'elle s'appuie sur les richesses locales et génère un impact concret. Lauréate du Cartier Women’s initiative, Adeline PELAGE est une ancienne banquière d'affaires, cofondatrice de la biscuiterie Bobo et maman de trois enfants : formulation qui semble présenter plusieurs personnalités, mais lesquelles rassurent-t-elles, cohabitent merveilleusement bien. Diplômée de Dauphine, de l'ESSEC et de l’INSEAD, elle est aujourd'hui cofondatrice de la biscuiterie BOBO au Cameroun, une entreprise qui valorise les matières premières africaines à travers des produits fabriqués localement.

Pendant près de dix ans, Adeline Pelage évolue dans la finance internationale entre Paris, Londres et l’Afrique. Elle participe à des opérations financières majeures à plusieurs centaines de millions d’euros, développe une solide rigueur analytique et apprend à prendre des décisions dans des environnements complexes. Mais derrière les chiffres et les modèles financiers grandit progressivement une envie plus personnelle : celle de bâtir un projet qui lui appartienne.

Cette aspiration s'accompagne d'une passion ancienne pour la boulangerie et la pâtisserie. Alors qu'elle poursuit sa carrière, elle se forme en parallèle et consacre ses week-ends à l'apprentissage des techniques de fabrication. Une démarche atypique qui annonce déjà la suite de son parcours. Au fil du temps, une évidence s'impose : après avoir passé des années à analyser les projets des autres, elle souhaite construire le sien.

Son choix de s'installer au Cameroun repose sur une conviction forte. Là où beaucoup voient principalement des défis, elle perçoit un formidable potentiel économique. La richesse agricole du pays, le dynamisme de son marché et la créativité de sa jeunesse lui apparaissent comme autant d'atouts à valoriser.

C'est dans cet esprit qu'est créée la biscuiterie BOBO, en 2020. À l'origine du projet se trouve une question simple : pourquoi importer autant de produits transformés alors que les matières premières existent localement ?(D’après l’Institut National de la Statistique du Cameroun: En 2023, le déficit de la balance commerciale est de 2 004 milliards de F CFA). En utilisant notamment la farine de manioc ou de patate douce, l'entreprise démontre qu'il est possible de produire des biscuits de qualité à partir d'ingrédients africains tout en créant davantage de valeur sur le continent.

Au-delà de l'activité commerciale, BOBO porte une vision plus large. Pour Adeline Pelage, l'Afrique ne doit pas se contenter d'exporter ses matières premières. Elle doit également construire ses propres marques, développer ses industries de transformation et renforcer les chaînes de valeur locales. Le « Made in Africa » représente ainsi une véritable stratégie de développement économique.

Comme de nombreux entrepreneurs, elle a dû faire face à des défis importants : financement, approvisionnement, logistique ou encore contraintes énergétiques. Ces obstacles ont renforcé chez elle une qualité qu'elle considère aujourd'hui comme essentielle : la résilience. La capacité à apprendre rapidement, à s'adapter et à persévérer demeure selon elle l'une des clés de toute réussite durable. BOBO emploie actuellement une dizaine d’employés, collabore avec plus de cent agriculteurs et produit plus de 10.000 paquets par mois.

À travers son parcours, Adeline Pelage adresse également un message fort aux jeunes générations. Elle rappelle que carrière classique et entrepreneuriat ne s'opposent pas. Son expérience en finance a constitué un socle précieux pour la création de BOBO. Chaque étape, chaque compétence acquise peut devenir un levier pour donner vie à un projet plus ambitieux. La voie de l’entrepreneuriat n’est pas un fleuve tranquille : il faut se préparer à l’avance, aux obstacles qui la parsèment.

Aujourd'hui, son parcours incarne celui d'une alumna qui a choisi de mettre son expertise au service d'une vision. En transformant des ressources locales, elle contribue à démontrer qu'innovation, impact et ambition économique peuvent avancer de concert. Une trajectoire inspirante qui rappelle que les projets les plus durables naissent souvent d'une conviction simple portée avec constance : croire au potentiel de son environnement et agir pour le révéler.

          Girex A. Tobi ZOMAHOUN

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